Autour de la table dans la grande pièce claire il nous dit qu'à sa dernière inspection, quelques mois avant la retraite, il s'est fait mal noté car il "s'occupait trop des enfants, et pas assez des élèves". Si c'est pas un beau slogan ça. Dans leur jardin on pouvait, si on en avait le courage, compter une trentaine de variétés de menthe différentes. La sauge s'y repique toute seule et mon sac en tissus se remplit au fur et à mesure des allées. Du basilic violet dont je n'ai jamais senti l'odeur presque anisée, le pesto en sera rigolo. Puis un grand pochon pour des tisanes un peu dorées, basilic citronné, mélisse, verveine et d'autres perlimpinpettes oubliées. Le matin, à côté de ma tasse, ça devient un peu ridicule, les petites gélules et les demi-comprimés. Le fer, les huiles machin, les jours magnésium, oh et puis un peu de valériane tiens, et les ronds verts pour les cheveux. Petits doudous pour tenter de compenser les trous côté assiette et sommeil... Je sais que ce serait rendu inutile assez facilement, mais, mais, mais. Et donc, petite illumination, troquer mes litres de thé contre de la tisane, côté taux de fer et sommeil, peut-être que... Fin de la gazette côté carcasse à la traîne.
Un soir je prends l'annulation des deux derniers rendez-vous comme un vrai petit miracle, j'ai envie de sablés chauds et d'installer les tapis en haut. On dirait de gros pulls et à peine déroulés les garçons enlèvent leurs chaussettes (et peu après leurs pantalons!) pour mieux être dans le tout doux. Les files de cubes et de voitures s'organisent, ça y est le radeau à histoires est investi. Souvenirs sous les mains, leur version de mon canapé vert d'enfance peut-être. Leur chambre est bien à eux maintenant et c'est une petite étape de plus dans la pile de crêpes que c'est de grandir. Une autre fin d'après-midi c'est presque tout de suite le soir. Il est à genoux et le salon y gagne des plinthes. Oh la la ça fait maison! Il a une énième excuse pour faire des frites mais moi j'aurais envie de quelque chose qui mijoterait. Aller-retour au jardin, leur petit seau rouge avec moi, des tomates et même cette aubergine qu'on regardait yeux bés depuis qu'elle avait décidé de pousser. Je saute les pommes de terre, c'est un bon compromis non? Les garçons se font nourrir comme des oisillons, les mains fort occupées par des bateaux en devenir.
J'essaie aussi de solder des choses, vaguement. Mais le compagnon de ma mère ne me rappelle jamais, et la lettre que j'assemble en pensées pour sa meilleure amie ne se concrétise pas encore. Bientôt dix ans et même pas l'ébauche d'un apaisement, quelle huile essentielle on est censé mettre sur ça? A moins que ça ne soit une tisane. Les petits murs s'effritent, quand même, je me remets dans les oreilles ces chansons de Bjork qui sonnaient jusqu'à maintenant comme de trop mauvais souvenirs. Les couronnes d'anniversaire sont tricotées, je pensais qu'il manquait la grand-mère dans ces boutons de Chaperon Rouge, mais non, elle est dans le ventre du loup! Evidemment! Une soirée au goût de polar "nordique" pas terrible et d'une bouillotte trop chaude, ça donnerait envie de draps en flanelle pour adoucir tout ça. Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs, chaque plaisir en son temps...











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