C'était son anniversaire et j'avais réclamé Etretat. On avait un peu besoin d'une pause à 4, dans les cinq jours montagne-russes. Et il faisait beau, et on avait faim. Sur la route on a dit quelque chose comme on est bon en excursion nous non? qui racontait comme on avait du plaisir à être sur la route, à guetter les bas côtés et les maisons dans lesquelles on peut imaginer de drôles ou de jolies vies. On s'est demandé quels goûts auraient ces paysages à Noël, sans être sûrs de s'y projeter vraiment. Il est tard mais pas encore assez pour ne pas avoir envie de moules, et même d'une soupe de poisson, non? Odilon mange la rouille avec les doigts et le pain est si bon qu'on oublie de le tremper dans nos bols. On n'a plus trop de place pour les moules mais leur odeur de cidre est bien tentante malgré tout. C'est son anniversaire et il n'a toujours pas décidé de son gâteau. Je vote pour une tarte tatin, c'est trop le pays du caramel pour ne pas en avoir envie. De la crème fraîche aussi, tiens. On partage une grande maison devant laquelle je ramasse un énorme sac de châtaigne, aidée des garçons. Les germées sont mises de côté pour la maison, même si on m'a dit que les châtaigniers, par chez nous...
J'étais à Lille un peu avant, sous la pluie, chaussée de mes bottines préférées qui glissent. Je m'ennuie un peu à la formation pour laquelle je suis là, ou plutôt je suis un peu ennuyée de ne pas partager les raisons qui nous y amènent avec les autres. Puis la salle est trop petite, et les jeux de rôle trop nombreux me font un peu plisser le nez. Le midi je file aux bonnes adresses que j'ai repérées. Je suis invitée au restaurant et ça flatte la mamie à qui ça n'est pas arrivé depuis longtemps que je suis. Je glane une tarte à la raclette et aux patates douces à manger dans ma chambre le soir, des Christmas issues de magazines britanniques sur les genoux. C'est agréable mais un peu mélancolique ces beaux pavés brillants, j'ai mal aux mains de porter tout ces sacs et un peu trop mangé je crois. La suite des montagnes russes c'était un gros trajet en train pour les rejoindre, sans trop me forcer ça aurait pu sonner comme une grosse pause tricot. Mais les gens étaient trop nombreux, la barre sur laquelle je me suis cognée la tête deux fois trop dure et les toilettes trop fermées.
Toute la grande journée bureautée j'ai envie de soupe. Le froid de mes mains appelle un bol à tenir comme un totem. Je sais qu'une sucrine et un butternut attendent sur le plan de travail, et peut-être que les trois petits poivrons auront rougi. J'entends mon tricot sur les genoux les gens s'expriment avant de penser, les mots sont spontanés mais pas pensés, évoquant la différence entre un livre et ce qu'on peut jeter comme mots par ici ou là bas. L'autre moitié de la butternut devient une tarte, je malaxe la pâte avec sa cuillère à soupe de vinaigre de cidre pendant qu'ils travaillent autour des grandes lettres rugueuses. D'un coup ils ont remarqué qu'elles étaient partout, les lettres, et il n'y a plus que ça qui compte. C'est mercredi! qu'ils disent en pointant un doigt enthousiaste, voulant dire qu'il y a écrit quelque chose. On suit les envies, sempiternel crédo. Les envies de beige et de rose poudré, moi qui était si vert, bleu et jaune. De famille et de retrouvailles. Les petits matins stollen et thé noir à la fleur de sel, assez bon pour effriter mes bonnes résolutions tisanières, encore des bonheurs de doigts qui se réchauffent, je me dis aussi qu'il faudrait quand même que j'apprenne à faire du feu dans le poêle. Mais c'est un peu le même plaisir que de se faire inviter au restaurant, de se faire proposer un beau grand feu.

















































