C'est un matin, un de mes samedis tôt. Ils ne goûtent pas le travail ces jours là, malgré les dossiers roses et le thé seule, comme les gens y sont légers. Il y a du brouillard au dessus des champs, un tableau qui me rappelle qu'il y aura d'autres petits matins. J'y aurai la tête pleine de l'odeur du feu de la veille ou du petit matin, sûrement des envies de riz au lait pour la soirée. Je n'ai pas hâte, la lumière rose le soir me plaît mais je sais que ce sera bon aussi, embonnettés que nous serons. C'est bien cette frise de plaisirs, comme chaque jour unique avec les enfants, toujours sur un pied entre l'avant et l'après, et la certitude que tout sera délicieux.
Des petites filles viennent à la maison, notre petit réseau de parents aux mêmes envies dans le coin qui se fait un peu. Pépin ne tire pas la langue en guise de bonjour et le plaisir lui agite le coeur. Moi je savoure le tableau, terriblement, de les voir s'imiter faire monter des marches à un bonhomme ou croquer un biscuit aux dattes. Il en parlera le soir en se couchant, revivant tout pour bien l'ancrer. Nous aussi, au dessus de la poêle et de la planche à découper, de comme c'est bon d'être témoin de son "lui". Plus tard un pull rouge avance, celui qui a un peu le goût de vacances à la montagne. Sa couleur me fait penser à la photo un peu vieillie qu'on aurait fait d'un petit garçon, coupe au bol, col roulé et pantalon de velours côtelé, jaune foncé ou marron sûrement. En tout cas après quelques rangs d'hésitations le motif se dessine. Je repense à mes mots sur le refus d'un package "bienveillance", à la maman des petites filles, avec tout ce qui doit en composer l'armure. C'est pénible d'être celle qui n'a pas l'impression de dire ce qu'il faut.
Je l'expie au travers des mailles, à côté d'une tasse d'eau bouillante qui sent le thym. Je n'y ai pas mis de miel, mais il traînait quelques feuilles de menthe dans la théière. J'ai coupé tout ça devant la porte, alors qu'on ne voyait plus le jardin. Tout vite, car je sais bien que la nuit ça n'est plus mon tour. Les bruits presque tous inconnus me le disent bien, c'est une autre vie la nuit. L'église sonne toujours, et je n'oublie jamais de lever la tête entre les herbes ou le chien qui veut sortir. J'ai envie de chuchoter "vous êtes bien là" à tous, bruits inconnus et étoiles. Aux feuilles partout aussi. Dans la journée Pépin les a remarqué tomber, alors je peux lui raconter mes pensées d'emmitouflage. Tu verras les soupes et les dessins de noisettes et de branches, le jardin qui s'assoupira un peu...
































