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Ça sentait la confiture de fraises dans toute la maison, je m'étais couchée avec une ambiance de rideaux vichy et de marmite en cuivre dans la tête. En réalité le voisin du dessous faisait une espèce de rave, Odilon s'essayait au rôle de bébé dont les dents l'embête et j'avais plutôt froid mais plus le courage de ressortir du lit pour me faire une bouillotte. A voix basse, pour ne réveiller personne, on discutait de notre vie de papi sur mesure, et de celles qui nous attendaient, un jour. On racontait loin, assez loin pour qu'on puisse y raconter tous les possibles. Cette tarte d'anniversaire nous a mis le sourire jusqu'aux oreilles à chaque bouchée, et chaque ami de passage par ici va certainement y avoir droit tant elle donne envie de récidiver et de la partager avec ceux qui rendent la vie jolie. 

Dans le flou, un peu, j'ai les images de mer que m'envoie ma tante de St Andrew's, j'y imagine les odeurs de fish & chips. Je pense aux jonquilles des voisins qui me rendent jalouse, un peu, que j'ai hâte d'en être là... Dans une carte qui m'a mis les larmes aux yeux une amie salue mes différentes facettes notamment la toute dernière, "chef de chantier". Mais bon sang je dois encore manquer d'expérience car je n'y suis que peu efficace. Je vous rappelle, je vous l'envoie tout de suite, je vous tiens au courant, et autres paroles encourageantes, qui font se dire bon-là-ça-y-est... Puis en fait non. J'aimerais ne pas rentrer dans le jeu où c'est le plus chiant qui gagne, et qu'on ne mette pas la lenteur de tout ça sur le fait que je suis soi-disant trop gentille, mais je ne trouve pas le chemin. Le sourire n'est jamais loin quand je me dis que ce ne sont pas des expériences que je devrai vivre trop de fois dans ma vie.

C'est un thé au strudel qui nous a accompagné toute la journée, Pépin aussi l'a adoré. Sur la fenêtre des renoncules et un passage à l'âge d'après tout en douceur, moelleux comme enroulée d'une couette. Grand bébé nous a apporté tous les livres de la maison (à peu près) pour qu'on lui raconte, et se mettait à râler à chaque dernière page, travail de longue haleine! Moi je ne suis pas encore tout à fait chez moi dans mon nouveau bureau, ou peut-être surtout pas assez assurée, mais ça me colle un blue du dimanche et stress de bon sang est-ce ce que j'ai prévu pour cette séance demain est pertinent? J'essaie de conjurer ça à coup de câlins à rallonge et de lecture plaisir saupoudrée de tisane mais, mais, mais je me couche encore souvent les mâchoires serrées. 
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Je me suis fait de la bile, ça oui, on peut le dire. Dans mon ventre quelqu'un rageait, grondait même, et c'est peut-être bien ce que moi je n'ose pas dire qui se racontait là. Quelques minutes chez le médecin et c'était fini, quelques minutes seules ou quelqu'un me disait que j'existe, même les bras pas occupés, même assise là à ne rien faire. Ça m'a épuisée, cette semaine de pseudo-gastro, et il nous fallait vraiment une journée de printemps et d'oiseaux qui chantent pour me ré-énergiser un peu... Hier c'est ce que le ciel promettait. Si on avait été raisonnable on serait resté à la maison, l'un préparant ses cours, l'autre ses séances, mais on a eu envie d'aller guetter les jeunes pousses à la maison (l'autre!). La route était jolie, les chats de sortie, et l'herbe réclamera bientôt sa première tonte de l'année... (il nous faudra donc nous équiper, et choisir entre une tondeuse ou un mouton!). 

J'ai regardé mon grand bébé de près, ces derniers jours, vous pensez. Et j'ai eu l'impression de tomber amoureuse une centaine de fois de plus, le voir s'intriguer de tout, être un bébé-chercheur, faire varier les variables, empiler, cacher, frotter, faire rouler (quoi ce légo ne roule pas?!) etc. Les journées aux 10 découvertes à la minute. Et puis un soir, quand je le remerciais pour cette journée si jolie ensemble, ses bras qui se tendent comme dans un rêve et son "maman"! Oui, oui, je suis bien cette chanceuse là, ta maman! C'était bon de l'entendre, et c'est encore meilleur de l'être. Ses petites mains qui veulent faire d'elles-mêmes, les repas qu'il gère sur sa grande chaise, si fier de faire tout seul pendant qu'Odilon goûte les compotes et ses 1ères purées. 

A la radio je savoure le bruit de la terre, j'entends des gens raconter leurs jardins, j'entends Fabrice Luchini délirer avec de beaux mots, et je transmets ce souvenir de bruit de fond en bons mots à mes enfants. Pépin danse sur les jingles, il adore celui de la compagnie des auteurs et moi aussi. On parle salade de pommes de terre et saumon, on oublie de dîner, et avec des blettes on fait un plat indien un peu farfelu. Hier j'ai façonné une énième custard pie pendant que les garçons regardaient le rugby, mais on n'y sent pas la fleur d'oranger que j'ai pourtant laissé infuser longtemps... Je tricote à nouveau, j'ai envie d'enlainer toutes les jeunes pousses que j'ai la chance de connaître.
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Quelques heures, par surprise, qui auraient pu sonner comme un cadeau.

Dans un demi-sommeil, vers 6h ce matin il m'avait parlé de ces flocons. Odilon gazouillait, yeux grand ouvert, et mes chutchut-on va réveiller Pépin! semblaient sonner comme la chose la plus drôle qu'il ait jamais entendu. Ses pattes chaudes et dodues pédalaient contre mon ventre et après quelques chansons il avait accepté de se rendormir en têtant... 3h plus tard on ouvrait les fenêtres et Pépin dansait devant les gros flocons. Maman heureuse de cette première fois partagée, et travailleuse qui se disait ohlala est-ce que je ne vais pas faire 1h de route pour attendre des absents?

Chez la nounou, -optimiste à souhait pour la route- je lui raconte mes contrariétés face à cette pédiatre très convaincue qu'un bébé allaité a beaucoup plus de risques d'être carencé, et surtout que mon grand est bien trop silencieux, quoi il ne dit pas un mot? Et que les enfants d'orthophonistes ont beaucoup plus souvent qu'on ne pense des soucis de langage, si, si, si. Je suis repartie avec une prescription d'activités pour le "stimuler", et la boule au ventre. Déjà, devoir défendre mon enfant? Faire part de ma confiance en lui, en son doigt qui pointe et en tout ce qu'il fait qui dit bien fort oui à la vie? Alors je lui raconte tout ça, et bien sûr que je voulais entendre ses mots rassurants, à elle qui en a vu tellement des enfants, des bavards et des moins bavards sûrement, des pressés ou des prudents. 

Mais non, à la place c'est le coup de masse... C'est vrai qu'il est particulier, Pépin. Particulier? Particulier comment? Et les exemples de pleuvoir, ce qu'il ne fait pas, ce qui fait que oui si on le rencontre pour la 1ère fois on le trouvera forcément en décalage... Et mes jambes qui ne répondent plus, et la bonne figure que je cherche tout au fond de moi, et attendez attendez qu'est-ce que vous me dites? Si vite passer dans l'autre camp, je la vois me trouver loin de la réalité, je suis un de ces parents que j'accompagne moi, je me raccroche aux branches et raconte ce qui m'épate, moi, chez lui. Mais ça n'est pas assez on dirait, elle me dit les journées où il ne dit rien, et à cet âge on ne peut pas savoir si c'est seulement son caractère ou s'il a un problème. Et mes oreilles en feu, et mes questions encore, même si j'ai alors l'impression d'être maso. Je veux savoir chaque détail, chaque grain de sable, et ça me brûle de l'imaginer remarquer tout ça jour après jour sans rien me dire. D'un coup le tremblement de terre, l'envie de repartir avec mes bébés sous le bras, leur souffler la confiance que j'ai en eux. Bien sûr arrive vite l'idée que c'est de ma faute, peut-être bien, que je le protège-cocoone (etc!) trop, que je le rends paresseux... Et ma foi je préfère paresseux que particulier

A peine rentrée dans la voiture je n'essaie plus et je fonds en larme. Colère, inquiétude, tout est flou, je suis moi aussi comme enneigée. Encore un coup de fil de patient pour annuler un de mes rendez-vous de l'après-midi, et plus tellement la force pour tenter la route de toute façon... Alors non c'est vrai, ces petites heures là n'auront pas ce goût de liberté qu'on aurait pu imaginer. Ventre tordu, voix serrée et mouillée, les mots au téléphone avec lui et les amies. Je l'entends se fâcher un peu, être sur de lui, en tant que papa, sûr de son fils. Je m'en veux, moi, de me laisser contaminer par le doute. Mais lui non, et il me raconte notre Pépin coquin, comme moi liste tout ce qui dit oui-je-vais-bien! Le cache-cache, les câlins, l'envie de nous imiter etc, etc, etc... Oh non je n'ai pas envie qu'un oeil clinique se rajoute à mon regard de maman, il serait faux de toute façon. 

Comme la vie de parent est risquée, l'autre rive est à un pas - celle qui dit qu'on fait parti des autres-, en un mot plus rien n'est comme avant. Accompagner, comme un mantra. Je suis bouche bée devant la norme accablante, je veux en faire quelque chose de positif, de cette douleur, qu'elle génère encore plus d'empathie pour ces parents les yeux mouillés à mon bureau, pour ces enfants pas si bancals si on les éloigne de ce qui ne leur parle pas... Mais reprendre mon souffle, déjà. Et lui susurrer en le couchant tout à l'heure, tu peux avoir confiance en toi, mon chat
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Il y avait la page créer un article ouverte depuis un moment. Entre celle de Ravelry pour rêver un peu et des pages de tutos pour manipuler mon logiciel de télétransmission. En vrac je savais ce qu'il fallait graver, vite, avant l'oubli. La toute première patiente et les larmes, les siennes et les miennes. Les arbres même plus bruns ou marron mais bien OR sur le chemin de la maison hier. Les nuits toujours plus collés avec Odilon, à ne plus savoir qui de nous deux respire ou quel coeur bat. Je ne sais pas si je dirai tout ça bien, il y a toute une liste de chose à faire qui emmènerait bien mes doigts loin d'ici. 

La maison et le rangement qu'elle exige, je ne vois plus les choses qu'en quantité de sacs qui iront dans la poubelle. Je ne suis pas très slogan mais je suis volontiers la page de Becoming Minimalist et ses mantras me parlent, notamment: when you are overwhelmed, tired or stressed, the solution is almost always.... less. Get rid of something, lots of somethings. Alors disparaissent des boîtes de médicaments de ma mère, qui ont on ne sait comment survécu à plusieurs déménagements. Ça y est, je suis d'accord pour la penser avec d'autres symboles que ceux là. Disparaissent des mots d'amour qui sont plutôt des coups de poing, des déclarations auto-centrées, sans fidélité. Les mots qui disent que je suis comme ci ou comme ça, pour me dire quelques mois plus tard qu'en fait non, je suis si décevante. Ouch! 

Les bébés dorment et dans cette petite fenêtre où le coeur et le corps peuvent s'apaiser je suis perdue devant les priorités. Comment hiérarchiser quand tout est urgent. Le tisane d'abord, peut-être une fournée de cookies, mais après il faudra bien que je commence à rédiger les compte-rendus (maintenant que je suis en libéral ce mot devrait apparaître assez souvent!), que j'envoie les plans de la maison à cet énième interlocuteur pour un poêle qui ferait l'affaire, enfin. Mon châle avance, je ne sais même pas trop comment. On s'assied souvent dessus, on en défait quelques mailles, alors il sera peut-être un peu cahotant... Ce sera le symbole de ce bout de vie à cent à l'heure et ça m'ira comme ça. 

Avec une amie à une intervention de Serge Tisseron. Odilon est dans mes bras et apprécie le tableau d'éveil que forment tous les gens autour de nous. On me dit le papa avait peur de ne pas assumer? (Sous entendu tout seul à la maison) Et en retour j'assume de n'avoir pas envie d'être loin de lui une minute de plus que le travail l'exige. Chez la nounou il tête sans fin (faim?) et moi j'ai peur pour notre allaitement si précieux. Je fenouillise, j'accepte la cadence de tétées d'un nouveau-né, je lui chuchote qu'il m'a tant manqué moi aussi, même si je suis une meilleure maman si je peux aider les autres, aussi. J'espère que je ramène des morceaux de ces rencontres à la maison, avec pudeur et empathie. Cette dame au masque sur la figure, si rigide, qui a muselé son corps que jamais une larme n'en sorte. Je lui dis, c'est vrai quand on commence à pleurer, on n'est jamais sur que ça s'arrêtera un jour. Mais du coup elle ne peut plus parler non... Ce garçon et sa maman, qui ont peur que je juge leur relation pas fusionnelle, mais proches quoi, collés on pourrait dire. Et je souris, professionnellement, maman-ellement aussi... Je leur propose de me faire une petite place dans leur duo, une pincée de dehors dans leur danse, à dose homéopathique. Le temps de se faire un langage à soi. 
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Emmouflée je suis, juste à temps. Peut-être même un peu en retard, j'ai fait quelques trajets les doigts douloureux de froid... Mais je me refusais à acheter des gants, trop chers, trop peu de laine, venant de trop loin etc, etc, vous connaissez la petite chanson décroissante qu'on est beaucoup à fredonner plus ou moins malgré soi. Comme une chanson qui passerait souvent à la radio et qu'on s'approprierait sans être sûr qu'on l'a aimé la 1ère fois qu'elle est passée.

Mais ces moufles, elles, je les aime c'est sûr! Deux petites bouillottes de mains, une laine qui me donne envie de ne jamais arrêter de la tricoter, et hop le duo est gagnant. Elles me font presque l'effet de la chapka rose et noir avec laquelle j'ai dormi plusieurs nuits, petite, tant j'étais heureuse de l'avoir. J'étais plutôt fière de garder mon enthousiasme pour la 2ème, tricoter 2 fois de suite la même chose sonne parfois un peu râbachant à mes oreilles. Mais l'envie de douillet a triomphé. 

C'est une saison où seuls le coeur et les mains semblent virevolter, j'ai un peu laissé la tête de côté. J'essaie de remonter les marches d'une pensée rationnelle, mais mon coeur bat encore un peu trop fort pour ça. J'essaie de glaner une sieste ou deux pour lire un article sur cette pathologique pour laquelle on a pris rendez-vous et que je n'ai jamais "fait" (que c'est moche dit comme ça je sais!), préparer ce bilan un peu impressionnant du mardi matin... Bref remonter sur le cheval d'une Clémence qui ne serait pas qu'une maman béate. J'ai presque un peu hâte, car je sais que cette vie là va me plaire aussi, je connais la joie des retrouvailles le soir, la sensation d'être toujours connecté. Et je sais comme ces échanges autour du bureau ou sur le tapis, avec des inconnus qui le sont de moins en moins au fil des séances, me sont nécessaires, me debout-ifie (sic, sic, sic). 

Encore quelques théières de thé aux muffins aux myrtilles, un châle qui avance, de la cuisine les oreilles dans des chansons gaies qui font danser Pépin. Et quelques coups de peinture aussi, sinon ce cabinet n'ouvrira pas! 
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5/52



J'ai envie de tricoter une nouvelle baby blanket pour Odilon, c'est peut-être la sortie du quatrième trimestre de grossesse...? Aujourd'hui j'ai vu ce que le soleil faisait à mon futur bureau, et je crois que travailler au printemps ce sera drôlement gai. Les plantes et les patients se porteront bien je crois! 

Pépin marche, marche, marche et partage ses parts de tartes pommes/betteraves (au goût de framboises, ah les folies de la nature!) avec le chien... 

Deux semaines de vacances à quatre avant le grand saut, chaque seconde sera précieuse! 
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Les jours ont palpité, drôlement, des jours à beaucoup regarder l'heure, à se presser en prononçant un peu plus de phrases piquantes que nos envies d'harmonie l'auraient souhaité. Temps de pauses collés aux temps d'accélérations. Ces moments en creux, avant de partir, habiller, changer, transvaser tout le monde... Puis la route, la radio ou enfin nos échanges plus doux. On est un jeune couple, à la courte et dense vie, aussi je plonge avec plaisir dans nos conversations au goût de rencontre. Celles qui m'ouvrent la porte sur une pièce que je n'avais pas devinée en lui. Temps contrastés quand on s'assied dans une brasserie, proclamée comme notre future cantine, à quelques minutes de la maison. Notre voisin de table nous raconte sa vie à la campagne dans les Ardennes, ses quatre enfants aux prénoms bretons, un dessert peut-être un peu ringard mais mangé les yeux brillants et les cuillerées enthousiastes. On repart tambour battant, rencontrer une potentielle nourrice. On me dira avec un drôle d'air j'aurais jamais pensé à ça si tôt, moi... mais moi si, ça me tracasse, les journées de mes bébés quand je serai juste à côté mais pas là. Tous un peu mal à l'aise, on essaie de se raconter, de se dire comment on voit l'enfance, l'instant présent qui prime sur tout. 

Dernier lundi avant l'après, dernier lundi où il part très tôt rejoindre sa lointaine classe alors que moi je suis bercée par leurs deux respirations. La nuit derrière les volets pas tout à fait fermés, et le vrai réveil quelques heures plus tard. Dernière petite routine dans notre monde feutré, la danse d'un bébé puis l'autre sur la table à langer, les jeux qui s'y immiscent. Les contretemps qui n'en sont pas, ce sont seulement des moments de vie en plus, des bonus au bonheur. Revenir d'avoir accompagné Pépin chez la nounou, savourer une tétée sur le canapé, ses yeux mi-clos et les miens qui pourraient bien se fermer aussi mais qui ne se risquent pas à perdre une seule miette de ce spectacle, de ses mains qui m'attrapent, de ses sourires qui s'esquissent, ses cils qui caressent l'air. Je dormirai plus tard, quand la vie sera moins palpitante. 

Puis même si l'on s'essouffle, si les to do lists ne tiennent pas sur un seul post-it, si les lessives s'enchaînent et que rien ne sèchent tant la pluie semble s'infiltrer à l'intérieur aussi, il reste nos nuits. C'est drôle cette vie où le négatif vaut autant que le positif, où il n'y a plus recto ni verso, où tout compte. La nuit est aussi dense que le jour, il y a les retrouvailles à chacun de ses réveils, le micro mais précieux câlin qui entoure les tétées pour l'accompagner à retourner dans le sommeil, ses mains sages et rondes contre moi. Entourée des deux côtés, les deux collés à moi, et Pépin tout près, assez près pour qu'on l'entende respirer et caresser ses doudous. L'écriture sera toujours trop fade pour raconter cette chaleur des coeurs qui battent les uns contre les autres. 

Lundi dernier avant l'autre vie, on finit la tarte citron-chocolat pour le petit-déjeuner, Pépin et moi. J'aimerais un lundi page blanche, un nouveau projet au tricot et des sacs poubelles plein l'entrée qui feraient le vide. Mais mes mitaines attendent leurs derniers rangs et un gilet ses manches. J'écoute sûrement une fois de trop Eléor sans savoir si à force cette chanson ne m'agace pas un peu. J'ai froid et le thé n'y fait rien, je fais la moue en allumant le chauffage, j'aime bien la chair de poule qui me rappelle les après-midi emmitouflée face à mon bureau, ces journées étudiante, tasses fumantes, mains froides et cours surlignés. Il y a longtemps, mais c'était déjà moi. 
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