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Quelques heures, par surprise, qui auraient pu sonner comme un cadeau.

Dans un demi-sommeil, vers 6h ce matin il m'avait parlé de ces flocons. Odilon gazouillait, yeux grand ouvert, et mes chutchut-on va réveiller Pépin! semblaient sonner comme la chose la plus drôle qu'il ait jamais entendu. Ses pattes chaudes et dodues pédalaient contre mon ventre et après quelques chansons il avait accepté de se rendormir en têtant... 3h plus tard on ouvrait les fenêtres et Pépin dansait devant les gros flocons. Maman heureuse de cette première fois partagée, et travailleuse qui se disait ohlala est-ce que je ne vais pas faire 1h de route pour attendre des absents?

Chez la nounou, -optimiste à souhait pour la route- je lui raconte mes contrariétés face à cette pédiatre très convaincue qu'un bébé allaité a beaucoup plus de risques d'être carencé, et surtout que mon grand est bien trop silencieux, quoi il ne dit pas un mot? Et que les enfants d'orthophonistes ont beaucoup plus souvent qu'on ne pense des soucis de langage, si, si, si. Je suis repartie avec une prescription d'activités pour le "stimuler", et la boule au ventre. Déjà, devoir défendre mon enfant? Faire part de ma confiance en lui, en son doigt qui pointe et en tout ce qu'il fait qui dit bien fort oui à la vie? Alors je lui raconte tout ça, et bien sûr que je voulais entendre ses mots rassurants, à elle qui en a vu tellement des enfants, des bavards et des moins bavards sûrement, des pressés ou des prudents. 

Mais non, à la place c'est le coup de masse... C'est vrai qu'il est particulier, Pépin. Particulier? Particulier comment? Et les exemples de pleuvoir, ce qu'il ne fait pas, ce qui fait que oui si on le rencontre pour la 1ère fois on le trouvera forcément en décalage... Et mes jambes qui ne répondent plus, et la bonne figure que je cherche tout au fond de moi, et attendez attendez qu'est-ce que vous me dites? Si vite passer dans l'autre camp, je la vois me trouver loin de la réalité, je suis un de ces parents que j'accompagne moi, je me raccroche aux branches et raconte ce qui m'épate, moi, chez lui. Mais ça n'est pas assez on dirait, elle me dit les journées où il ne dit rien, et à cet âge on ne peut pas savoir si c'est seulement son caractère ou s'il a un problème. Et mes oreilles en feu, et mes questions encore, même si j'ai alors l'impression d'être maso. Je veux savoir chaque détail, chaque grain de sable, et ça me brûle de l'imaginer remarquer tout ça jour après jour sans rien me dire. D'un coup le tremblement de terre, l'envie de repartir avec mes bébés sous le bras, leur souffler la confiance que j'ai en eux. Bien sûr arrive vite l'idée que c'est de ma faute, peut-être bien, que je le protège-cocoone (etc!) trop, que je le rends paresseux... Et ma foi je préfère paresseux que particulier

A peine rentrée dans la voiture je n'essaie plus et je fonds en larme. Colère, inquiétude, tout est flou, je suis moi aussi comme enneigée. Encore un coup de fil de patient pour annuler un de mes rendez-vous de l'après-midi, et plus tellement la force pour tenter la route de toute façon... Alors non c'est vrai, ces petites heures là n'auront pas ce goût de liberté qu'on aurait pu imaginer. Ventre tordu, voix serrée et mouillée, les mots au téléphone avec lui et les amies. Je l'entends se fâcher un peu, être sur de lui, en tant que papa, sûr de son fils. Je m'en veux, moi, de me laisser contaminer par le doute. Mais lui non, et il me raconte notre Pépin coquin, comme moi liste tout ce qui dit oui-je-vais-bien! Le cache-cache, les câlins, l'envie de nous imiter etc, etc, etc... Oh non je n'ai pas envie qu'un oeil clinique se rajoute à mon regard de maman, il serait faux de toute façon. 

Comme la vie de parent est risquée, l'autre rive est à un pas - celle qui dit qu'on fait parti des autres-, en un mot plus rien n'est comme avant. Accompagner, comme un mantra. Je suis bouche bée devant la norme accablante, je veux en faire quelque chose de positif, de cette douleur, qu'elle génère encore plus d'empathie pour ces parents les yeux mouillés à mon bureau, pour ces enfants pas si bancals si on les éloigne de ce qui ne leur parle pas... Mais reprendre mon souffle, déjà. Et lui susurrer en le couchant tout à l'heure, tu peux avoir confiance en toi, mon chat

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