Je me suis fait de la bile, ça oui, on peut le dire. Dans mon ventre quelqu'un rageait, grondait même, et c'est peut-être bien ce que moi je n'ose pas dire qui se racontait là. Quelques minutes chez le médecin et c'était fini, quelques minutes seules ou quelqu'un me disait que j'existe, même les bras pas occupés, même assise là à ne rien faire. Ça m'a épuisée, cette semaine de pseudo-gastro, et il nous fallait vraiment une journée de printemps et d'oiseaux qui chantent pour me ré-énergiser un peu... Hier c'est ce que le ciel promettait. Si on avait été raisonnable on serait resté à la maison, l'un préparant ses cours, l'autre ses séances, mais on a eu envie d'aller guetter les jeunes pousses à la maison (l'autre!). La route était jolie, les chats de sortie, et l'herbe réclamera bientôt sa première tonte de l'année... (il nous faudra donc nous équiper, et choisir entre une tondeuse ou un mouton!).
J'ai regardé mon grand bébé de près, ces derniers jours, vous pensez. Et j'ai eu l'impression de tomber amoureuse une centaine de fois de plus, le voir s'intriguer de tout, être un bébé-chercheur, faire varier les variables, empiler, cacher, frotter, faire rouler (quoi ce légo ne roule pas?!) etc. Les journées aux 10 découvertes à la minute. Et puis un soir, quand je le remerciais pour cette journée si jolie ensemble, ses bras qui se tendent comme dans un rêve et son "maman"! Oui, oui, je suis bien cette chanceuse là, ta maman! C'était bon de l'entendre, et c'est encore meilleur de l'être. Ses petites mains qui veulent faire d'elles-mêmes, les repas qu'il gère sur sa grande chaise, si fier de faire tout seul pendant qu'Odilon goûte les compotes et ses 1ères purées.
A la radio je savoure le bruit de la terre, j'entends des gens raconter leurs jardins, j'entends Fabrice Luchini délirer avec de beaux mots, et je transmets ce souvenir de bruit de fond en bons mots à mes enfants. Pépin danse sur les jingles, il adore celui de la compagnie des auteurs et moi aussi. On parle salade de pommes de terre et saumon, on oublie de dîner, et avec des blettes on fait un plat indien un peu farfelu. Hier j'ai façonné une énième custard pie pendant que les garçons regardaient le rugby, mais on n'y sent pas la fleur d'oranger que j'ai pourtant laissé infuser longtemps... Je tricote à nouveau, j'ai envie d'enlainer toutes les jeunes pousses que j'ai la chance de connaître.


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