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#19



Je m'étais levée, bien docilement. L'ogre nocturne avait eu son biberon, les affaires sur la chaise de la salle de bain m'attendaient. Robe vichy (la rouge pas la verte) et nu-pieds jaunes. Avant, l'eau qui bout et la théière, le thé même pas choisi mais qui fera bien l'affaire. Le verre d'eau avant toute chose parce qu'on m'a dit. Dans le petit sac à étoiles qui traîne toujours pas loin j'ai préparé le pack-lunch pendant que c'était encore dans ma tête, autant ne pas avoir à grignoter ces affreuses barres-repas qui trainent dans mes placards au boulot. Promis quand j'ai fini le stock je n'en rachète plus! La salade de pommes de terre aux oignons rouges d'hier, et une part de pizza aux légumes, d'avant hier ça. Le gilet en laine et les lunettes sont dans la voiture, de ces petites choses de la liste des alléger-simplifier les "il faut penser à ça". Je sais que j'en demande beaucoup, ici on n'a pas tant de post-it qui viendraient cacher la vue. Pas de kermesse ou d'horaires de bus, pas d'enfants à houspiller pour être à l'heure là ou là... Mais une petite pile mentale de carrés jaunes quand même, l'ostéo, l'agenda un peu trop noirci, les artisans qui vont et viennent, et quel jour déjà? Comme tout le monde! De ma liste est sortie quand même des idées qui libèreraient du temps de cerveau. Dis, si on achète le moins du moins sur internet, c'est moins de mails et de sms, c'est ne pas avoir à aller au relai etc, c'est des cartons/plastiques à jeter en moins, non? Fière de ma trouvaille, j'ai donc ma petite liste de choses que j'aurai commandées fissa et qu'il faudra acheter ou se fabriquer au fur et à mesure. C'est la librairie du coin qui va être contente! Aussi on essayait de faire baisser cet horrible budget courses, alors les tickets de caisse de côté, se rappeler de noter sur le calendrier, faire le total... du bazar quoi, qui nous donnait toujours l'impression de ne pas faire tout à fait bien. A la place on tente le portefeuille de courses, breveté Tinoftea : ) On retire en liquide le budget qu'on aimerait bien respecter, et on paie toutes les courses (oui, oui même le pain François!) avec. Il se pourrait bien que les 1ers temps il soit vide le 15 mois, mais le jardin regorge de pissenlits, et les placards de lentilles, sauvés!

Voilà la vraie vie brute, les petits virages qui laissent le goût de décider pour de vrai, de sortir de la roue de hamster de la vie de grands. Une nuit on entend la pluie jusque dans le conduit du poêle, ce petit bonheur d'être entourée de couettes. Je me suis enfin remis un roman sous les yeux, des mots gratuits qui n'ont que le plaisir pour but. Je les enchaîne en grappillant un chapitre en plus sur la fatigue. Le lendemain les grognements matinaux d'Odilon me réveillent, oui encore, lui retourne au sommeil mais pas moi. J'ai pensé trop vite aux théières solitaires, aux mailles rouges qui ont besoin d'avancer, à cette séance de sport qui donne l'air bête à rattraper, aux animaux qui ne sont dans le jardin que quand il y a personne pour les croiser à guetter. A la radio la voix -pas belle, je n'aurai pas imaginé- d'Arnaud Desplechin et d'un coup la vie aux fauteuils en velours toutes les semaines me manque. La pile de plaisirs des petits matins, sans horloge à regarder du tout en prime. C'est aussi qu'on a tripoté mes muscles "poubelle des émotions", ceux sur les côtés du nombril, et depuis c'est la purge, nez qui coule et voix qui se barre. Puis il y a la tarte aux courgettes à faire, et les millionnaire shortbread, même si je n'ai plus de golden syrup. On fera le plein cet été... Ce soir on fait la fête des voisins au village, les liens à tisser encore. Avant un tout petit peu de travail, ces visites hors bureau des jours normalement pas travaillés qui goûtent ces jours d'école fin juin, légers et trop ensoleillés pour être vrais. Dehors dans un pot de yaourt des bulbes d'iris attendent de trouver leur maison, je ne sais pas trop quelle est leur place dans le jardin. Je ne sais plus de quelle couleur ils sont, a dit le voisin, mais ils sont beaux tu verras
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#18


Le samedi c'est le jour des papas au travail. Ils sont en short ou en jean qui disent que leur semaine est terminée. Ils font comme ci mais eux aussi sont bavards, après quelques rendez-vous intimidés ou pas très concernés. Ils me racontent les missions à Mayotte, la sciatique de leur maman et parfois leur crainte d'être peut-être trop sévère? C'est que moi j'ai pas de patience aussi. Je vois que ces couples du samedi, enfant unique et père aux commandes pour un tout petit temps. C'est savouré de toutes parts, les bisous d'encouragements avant, travaille bien fils, et ceux d'après pour dire c'est bien!. J'adore être celle qui partage ça, et cette petite place du village qu'est la salle d'attente. Le samedi tout le monde a le temps pour rester un peu plus longtemps, les conversations entre les portes n'ont pas besoin de points de suspension et les larmes n'ont pas à être effacées en vitesse. Le petit train de la caisse à jouets n'est jamais aussi grand que le samedi, et de patient en patient il s'étoffe de nouveaux ponts et de nouveaux virages. Tu le ranges pas hein?

Lectures et échanges modifient les mots petits à petits, les phrases négatives -envers soi ou les autres- se font plus rares et sonnent plus pointues, insupportables. Ce qui m'agaçait m'émeut, et je regarde les choses avec des yeux de coéquipière plus que concurrente. Des envies sororales, mot qui semblait interdit à la fille unique que je suis. Une histoire d'empathie qui continue de tisser sa toile, bien moelleuse. Aux gens qui piquent encore beaucoup (ah les artisans-coquins, ah l'ex psychopathe...) on me suggère des "untel je te pardonne et je te libère" et penser que ces gens partent, un peu émiettés (dans la galaxie? Peut-être bien c'est un peu new âge!). Mais pendant un trajet en voiture je pense malgré tout à me dire que qu'il faut que je regarde la date de prescription pour porter plainte (préjudice moral? violences?). Pas encore tout à fait émiettés, quoi! 

La femme de mon père vient passer quelques jours. Comme d'habitude, les petites joies des visites. Préparer les menus sur le canapé, avec un livre de cuisine. Choisi au hasard cette fois-ci -entre 1 et 12 tu dis quoi? 12!-, c'est tombé sur celui du Pain Quotidien, bonne pioche! Je fais la pâte à cookies en avance, la soupe aussi, pour leur en servir un bol hier soir, mais le succès est plutôt mitigé. Les pâtes alphabet n'y font rien, et c'est de ces soirs où tout le monde (de moins de 18 ans) a envie d'être un farfadet un peu mal intentionné. On oscille entre bon sang de bois mais non! et je crois que tu as envie de d'être coquin, est-ce que tu as les yeux qui piquent d'être fatigué? Mi-parents, mi-c'est bientôt de la roulée sur le canapé avec un sourire et un pfiouuu sacrés petits mulots! La vie cubes à plein de faces!
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#17




Des enfants à la jelly, au chocolat, et une photo si précieuse de mon père et de ma grand-mère. Il a 14, 15 ans sur cette photo, et que j'aurais aimé croisé ce grand gringalet souriant. Moi j'ai en tête le pitre et sa rage, et d'autres choses qui font craquer ma valise à souvenirs. Je laisse des messages d'une voix adolescente un peu gênée, j'envoie des mots avec des points de suspension. Ça dit que je ne sais pas si je fais bien, mais que j'avais envie, alors j'ose! Derrière tout ça la peur de ne jamais entendre les souvenirs d'eux qu'ont ces gens, dans un coin de tête ou de coeur. Et la honte que je trimballe des pieds à la tête, peut-être, éteindra-t'elle un peu son feu. 

Ici ça fait du sport sur une couverture le soir, rouge et dodue dans mon pantalon de yoga, sous le regard de Flanelle un peu consterné. L'air de dire, mais pourquoi tu t'embêtes alors que tu pourrais dormir sur une bonne peau de mouton comme moi? En rentrant je les trouve en train de désherber le coin des fraisiers, partout des petits (et gros) points rouges, merci dame nature... On inspecte les pousses ici et là, les bourgeons qui chantent bientôt, bientôt! Je ne sais pas si on se remettra un jour de voir ces changements presque d'heure en heure, la vague des saisons revenir inexorablement, connaissant chaque note de cette parfaite partition. Dans le jardin l'herbe s'aplatit au fil de nos chemins, des pivoines aux framboises, de la maison au compost, du pommier aux roses. On est là, oui, bien là des pieds à la tête.  

Il a envie de faire de nous faire des frites, dans la casserole cuit du quinoa pour demain. Les cheveux des enfants sont encore un peu mouillés, les pyjamas retroussés, et le goût de la pomme de terre crue ne les déroute pas. Les frites font monter sur la table de joie, je fais des allers retours pour remplir ma tasse et on écoute ma dernière obsession musicale, entrecoupée d'Asaf Avidan, parce que. Je raconte ce monsieur et sa maman de 97 ans, si fringante. Dans leur salon cette gazinière de chef à la chaleur si moelleuse comme un oreiller de plumes, dont leurs lits et leurs armoires sont sûrement remplis. Mon thé est posé dessus le temps de se raconter les médecins, les mots qui vont bien et ceux qui sortent de traviole, la soupe qui passe ou pas. Et au fait, est-ce que j'ai des enfants, moi aussi? L'eau est chaude juste comme il faut, et le muguet sur la table à une odeur de biscuit et de bois.

Tête, nez, coeur, bouche, c'est bon, bien en vie. 
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#16








Encore un peu d'ouest, pour faire durer, et parce que je suis "en retard" dans mes 52 photos...et puis histoire de retourner un peu en arrière, la semaine de la rentrée ayant été pleine de piques. Ça grince, ça griffe, ça hurle, à l'intérieur d'abord, puis à l'extérieur, pleurer avec le sentiment que ça pourrait ne jamais s'arrêter. Pépin derrière dit "maman fâchée, fâchée! Ah triste!", et je souris bien sûr, malgré tout. Il y a quelques mois j'aurais listé tout ça, maintenant je sais que ce serait de petites gorgées de poison que j'aurai à boire à nouveau. C'est sûrement Louise Hay et les 4 accords toltèques qui s'empilent sur ma table de nuit, et enfin m'ennuyer quand je m'entends penser des mots plutôt gris foncé à mon encontre. La vie qui ne compte pas pour de vrai prend d'un coup beaucoup de place. 

Une nouvelle théière, trouvée dans une petite rue à Vitré, jaune avec des fleurs. Plus grande, pour les thés du matin, quand j'ai le temps de les faire durer. Et si je peux même en faire une 2ème c'est de bonne augure. Petit carnet, mots mal écrits et ratures, Belgique-->@DIV/ colis/ garage/ 2042/ répondeur/ café parents/ livre Ben... Dans la voiture, encore, il me dit non, apolitique ça n'existe pas. Je lui réponds bon, anarchiste alors? On se raconte la vie hors système, d'abord inconsciente et instinctive. A présent clairement souhaitée, danse de mots et d'actes. Je quitte les joues caramel et les plants d'aubergines et de melons avec les lèvres un peu serrées, même si les retrouvailles travailleuses sont vraiment gaies. Ce mini déracinement des jours travaillés me donne vraiment hâte du bureau juste à côté, aussi fou et indécent que ça puisse paraître, avec ses 12 km de route et un bureau cocon comme je veux. 

Tricot rouge, croissant à la framboise, et beaucoup de lentilles. Je dis ah non, c'est fini les courses! On rigole et je bidouille, et vive les petits sacs de fenouil et de chana massala au congel. S'y cache même de la moussaka, alors vraiment... Les parents me racontent les malheurs du travail, ah oui il est content d'avoir retrouvé, mais bon je sais pas si on est plus heureux. Le mantra semble être de tenir jusqu'aux vacances, jusqu'à la pause, jusqu'au jour férié. La vie qui fait taire l'instant présent parce qu'il ne fait que nous hurler dessus. Comment raconter le culte de la minute présente, à vivre comme si celle d'après n'existait pas, la seule réalité qui vaille? Je ne suis plus convaincue que ce soit tant un luxe, nos heures sont faites des mêmes secondes. Coach en instant présent, ce serait bien ça non? En échange de quelques cours de chassage de limaces et de plantage de tournesols...
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#15










La salle de bain était de celles qui me donnent envie d'y marcher sur la pointe des pieds, mais c'est que je suis nulle dès qu'il y a du marron quelque part. Sur la mini-terrasse les oiseaux ne sont pas farouches, et mangent toutes les miettes même si celles de gâteaux bretons sont plus vite mangées. Ma grand-mère sent la crème nivéa, comme toujours. Elle range ses aiguilles à coudre dans une pochette en velours que ma mère lui a faite, toute petite. Je suis un peu jalouse qu'elle l'ait connue plus longtemps que moi, et je voudrais qu'elle me raconte tout, tout d'elle. Le manduca est cassé mais les pattes dodues cheminent, lentement mais avec avidité. 

J'ai aimé ces toits de chaume et ces pierres grises qui disent qu'on est ici. Le vent nous rappelle les vacances en amoureux, toute endeuillée et un peu sur la lune que j'étais, seule sur la plage et dans le ventre aussi. Une chatte nous avait adopté, et à l'époque on ne mangeait pas encore d'huîtres. Mais beaucoup trop de galettes et j'étais rentrée drôlement arrondie! La deuxième fois, un poussin blond et intimidé par la mer, et un Odilon qui nageait en moi. Les moules avaient meilleur goût qu'à la maison, et j'étais seule à me baigner. Premières vacances à quatre, dans les galettes je mets de la purée de carottes et du tartare, Odilon lèche les coquillages tout salés qu'ils sont. Dans une rue sans brouhaha on tombe sur un restaurant afghan dans lequel les aubergines ont bien meilleur goût qu'ailleurs. 

On rentre en pleine nuit, l'éclairage du village est éteint et tout le monde semble dormir, ou boire un café dans le noir derrière la fenêtre. Le coffre est tout foutringue, on y déniche le nécessaire pour la nuit: lits, chiens en peluche, peaux de moutons et bouillotte. Les joues sont rouges et les bouches un peu grognonnes, on aurait besoin de boire. Flanelle s'installe sur des sacs de course, faute de panier. Demain bien sûr ce sera moins le chantier. Au réveil Pépin réclame de tout coeur une voiture rouge, et moi un thé. Je suis contente de retrouver celui au sirop d'érable et au bacon, celui qui me surprend toujours d'être si bon. Je fais durer la surprise d'aller voir ce qui a changé dans le jardin en une semaine, je vois déjà de loin que les pivoines m'ont attendu. Un voisin est venu arroser les fraisiers et les tomates (plantées trop jeunes sûrement), et dans notre sac un kouign aman lui dira merci. Avant la mairie on passera à l'aire de jeux, se donner du courage...On décide du résultat qui nous permettrait d'ouvrir la bouteille de champagne qui traîne dans le frigo depuis longtemps. Non mais en vrai, ce serait quoi le moins pire? Le sable qui reste dans les chaussettes nous permet d'avoir encore un peu la tête ailleurs...  
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#14



Je savoure cette petite âme libre qui devient câline peu à peu, ces moments cou à cou qui s'allongent, les bisous appelés alors que les joues ne sont même pas encore réveillées et encore roses et chaudes de sommeil. Un cadeau encore, et la tour des bonheurs touche presque le ciel. Pâques en avance, on triche, mais c'est pour avoir la joie de voir quatre paires de pattes s'agiter dans le jardin. Le "vrai" dimanche on sera à l'ouest, on fera sûrement un bis, mais pas dans notre forêt alors... Les tulipes sont guettées, les fraises des bois sont confondues avec des orties, et les oeufs d'escargots inspirent des expériences biologiques. 

Au boulot je bois du thé en sachet, un "cerise griotte" qui tient mal ses promesses, de plus tour à tour brûlant ou tiède. Jamais comme il faut en tout cas. On me dit je sais que vous n'êtes pas psychologue mais... et entre deux portes, souvent, je ne sais pas pourquoi je vous dis tout ça, mais bon! J'aimerais parfois avoir une étiquette plus vaste sur le front, mais réparer ou consolider le langage c'est déjà une porte ouverte à beaucoup de libertés. Les trous et les fictions de france culture, ou les coups de fil aux amies qui s'inventent un peu mamans, un peu, un tout petit peu. 

Je cueille des pissenlits dans le jardin, et j'ai une bien joyeuse main d'oeuvre avec moi. C'est pour en faire du miel, et Odilon y rajouterait bien des primevères. On fait cuire la potion pour obtenir un joli élixir doré. Les pots brûlants et vite retournés, quand ils ne seront plus que tièdes étiquetés, et offerts avec malice. Je lui raconte des envies d'attirail en lui demandant ça fait pas un peu fausse rebelle? J'entends vaguement un mmh si un peu. Lui ne veut toujours pas porter un anneau à l'oreille alors que c'est mon rêve absolu, et les arguments les plus farfelus n'y font rien. Rha... C'est 5 ans aujourd'hui depuis le premier dîner chez moi, les mille plats qui n'étaient pas prêts, ma jupe turquoise, mon chien tout propre, et la bouteille de gin bio, aussi. Je devrai peut-être aller en chercher, en quittant? On a parlé fête de mousse au chocolat et carnets de Mr Manatane. C'est aussi le début des vacances, ouf et joie!
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#13









J'ai décroché avec un tonitruant helloooooo! Je pensais au lien vers ce cottage près d'Inverness que je lui avais envoyé dans l'après-midi. Elle m'a répondu I've got awful sad news et dans le ventre jusqu'au menton j'ai retrouvé ces sensations. Celles qui disent qu'on ne veut pas savoir mais que si, dans quelques secondes mon monde ne sera bientôt plus le même. Je cherche des explications, parce que je sais que le flou pèse lourd après, mais il n'y en a pas vraiment. Seulement que la vie hoquette et qu'en échange de ces paillettes de bonheur on serre parfois les poings sur de petits cailloux de verre. Je hoquète en disant qu'un deuil par dessus les deux autres même pas finis, est-ce que ça va pas drôlement faire tanguer le navire? Je n'aurai pas l'occasion de présenter mes garçons à ma grand-mère d'écosse, et je suis très triste. Ma mini-famille, nous ne sommes plus que deux ma tante et moi à porter ce nom (à part les centaines d'autres écossais j'imagine! Mais de notre branche j'entends...). C'est tellement brouillon, après, quand on ne dit pas au revoir. 

Le soir on a trop bu-fumé-mangé de frites, c'était une catharsis bien maladroite, et le bain qui a suivi a peut-être mieux aider à éponger le coeur. Le lendemain, aujourd'hui, les deux théières matinales ont ramené des idées plus claires, presque malheureusement. Dans leurs sillages des envies de pansements plus ancrés dans la vie. Sublimer qu'on dit? Mais bien sur je n'en suis pas là. Quatre yeux bien attentifs en face de moi, j'avais quelques minutes plus tard les mains dans une pâte à cinnamon rolls aux noix de pécan. Pépin ne voulait pas me croire que non, ça ne se mange pas cru. Il a fallu attendre que le soleil raconte midi pour qu'on s'installe sur le banc en pierre avec des mmmmmhcestbon et des tasses de thé. C'est vrai que c'était délicieux, ce fourrage aux dattes à la cannelle. 

La journée aux pieds nus, mal à la cheville, doigts collants, bazar dedans-dehors. Les sites de vols/de train, les calculs d'itinéraires m'ont donné mal à la tête. I want to be there, arms are the best healer in those times, lui ai-je écrit. Et dire au revoir un peu quand même. Le soir du doudou un peu plus *nous* que la veille, un bol -des pois et des fleurs- de polenta avec ma sauce au poivre, à l'estragon, et au vinaigre de cidre préférée. Un délice qui semble sorti d'un livre d'enfant, le plat qu'apporterait une maman joliment coiffée à son garçon en pyjama rayé malade, dans son livre à l'édredon rouge matelassé. Quelque chose comme ça un peu. Demain et mardi je prends le train tôt, une formation, et j'ai hâte de ces temps qui m'obligeront à une passivité bien salutaire. Tricot, cahier, mots, et ne pas avoir à être le chef d'un navire qui ne doit pas couler, même si ça n'est que pour une heure. 
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