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#17




Des enfants à la jelly, au chocolat, et une photo si précieuse de mon père et de ma grand-mère. Il a 14, 15 ans sur cette photo, et que j'aurais aimé croisé ce grand gringalet souriant. Moi j'ai en tête le pitre et sa rage, et d'autres choses qui font craquer ma valise à souvenirs. Je laisse des messages d'une voix adolescente un peu gênée, j'envoie des mots avec des points de suspension. Ça dit que je ne sais pas si je fais bien, mais que j'avais envie, alors j'ose! Derrière tout ça la peur de ne jamais entendre les souvenirs d'eux qu'ont ces gens, dans un coin de tête ou de coeur. Et la honte que je trimballe des pieds à la tête, peut-être, éteindra-t'elle un peu son feu. 

Ici ça fait du sport sur une couverture le soir, rouge et dodue dans mon pantalon de yoga, sous le regard de Flanelle un peu consterné. L'air de dire, mais pourquoi tu t'embêtes alors que tu pourrais dormir sur une bonne peau de mouton comme moi? En rentrant je les trouve en train de désherber le coin des fraisiers, partout des petits (et gros) points rouges, merci dame nature... On inspecte les pousses ici et là, les bourgeons qui chantent bientôt, bientôt! Je ne sais pas si on se remettra un jour de voir ces changements presque d'heure en heure, la vague des saisons revenir inexorablement, connaissant chaque note de cette parfaite partition. Dans le jardin l'herbe s'aplatit au fil de nos chemins, des pivoines aux framboises, de la maison au compost, du pommier aux roses. On est là, oui, bien là des pieds à la tête.  

Il a envie de faire de nous faire des frites, dans la casserole cuit du quinoa pour demain. Les cheveux des enfants sont encore un peu mouillés, les pyjamas retroussés, et le goût de la pomme de terre crue ne les déroute pas. Les frites font monter sur la table de joie, je fais des allers retours pour remplir ma tasse et on écoute ma dernière obsession musicale, entrecoupée d'Asaf Avidan, parce que. Je raconte ce monsieur et sa maman de 97 ans, si fringante. Dans leur salon cette gazinière de chef à la chaleur si moelleuse comme un oreiller de plumes, dont leurs lits et leurs armoires sont sûrement remplis. Mon thé est posé dessus le temps de se raconter les médecins, les mots qui vont bien et ceux qui sortent de traviole, la soupe qui passe ou pas. Et au fait, est-ce que j'ai des enfants, moi aussi? L'eau est chaude juste comme il faut, et le muguet sur la table à une odeur de biscuit et de bois.

Tête, nez, coeur, bouche, c'est bon, bien en vie. 

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