Dimanche, réveillée par un oiseau qui faisait un drôle de bipbip. Petit moment d'oscillement entre le lit chaud et l'idée d'un thé qui le serait encore plus... Le thé, et l'idée que le chien devait bien avoir envie de sortir je dois dire, ont gagné. J'ai marché le plus doucement possible, mais entre Odilon et moi l'ouïe de dauphin est réciproque, quand je suis passée à quelques pas de lui il a grogné dans son joli sommeil. Une caresse sur la joue en échange de quelques tasses de solitude. J'écris ça mais ce n'est pas que je cours après. Ces idées de s'oublier/se manquer, une fois qu'on devient une famille, ne me parlent pas trop. Les fusionnants que nous sommes, peut-être. Mais surtout pour me trouver, je sais à quelles portes toquer. Un bain dans lequel je peux lire au moins un article de Flow ou de Taproot, une session de marche, ou une réunion où j'ai un poil l'impression d'avoir été entendue. Et puis, ici, aussi. Pour ça, a contrario d'avec les enfants, je prône la qualité plutôt que la quantité.
Semaine boumboum, ou un truc comme ça. Quelques jours avant j'avais finalement décidé de ne pas annuler ce rendez-vous avec la neurologue, qui n'avait même pas été reporté dans mon agenda 2017. D'un coup en sortant d'une sieste, la seule de janvier malgré mes résolutions, je me suis dis qu'il fallait que j'y aille et qu'elle m'aide. Qu'elle enlève de mes épaules ces multiples couches de poids: l'inquiétude que ce soit plus grave que ça (qui a annulé le jour même son IRM en décembre et le regrette bien maintenant à chaque trou de mémoire ou manque du mot?!!), l'idée que si ça ne s'arrange pas c'est que je suis nulle à appliquer les mesures diététiques qu'on m'a prescrites en médecine chinoise (culpabilité et auto-prescription d'être parfaite du tonnerre), et que ça devient peut-être un poil déraisonnable de persister avec ce traitement qui marche bien pour le sommeil mais pas pour ces fichues crises d'épilepsie sorties de nulle part il faut bien le dire. Une amie me dit oui, ça y est, tu as envie de libérer de la place pour autre chose et c'est ça. C'est trop, d'y penser en s'endormant et en se levant, de lui demander à peine après un bonjour c'est bon, ça a été cette nuit? D'y penser face aux tout petits que j'ai au cabinet, que bon sang faudrait pas que ça m'arrive maintenant etc, etc, etc. Ça n'arrive pas si souvent, en fait, mais cette condition épée de damoclèstique est devenue d'un coup insupportable. Ça me vole trop de pensées.
En nous accueillant elle a dit vous ici?? en rigolant. En 1h30 j'ai ri/pleuré/ri/eu peur/pleuré,pleuré,pleuré/regardé François en fronçant les sourcils 15 fois/regardé des photos de cerveaux en me disant que les cours de neuro c'était vraiment loin. Elle m'a dit que ce médicament ci était compatible avec les grossesses, et moi je n'avais même pas envisagé l'inverse -naïve dans le déni que je suis-. Mais l'allaitement non et c'est une pensée qui me fait invariablement pleurer, même si d'ici là de l'espoir ce sera peut-être glissé là dedans. Que c'était le léger de la bande, et que nonnonnon ça ne devrait pas enférisé ma vie comme le précédent (qui avait fini par m'emmener aux urgences, tant lui et moi on n'était pas compatible). L'état d'esprit beaucoup moins à contre-coeur devrait aider à la tolérance. Elle a demandé à François s'il me trouvait dégradée et j'ai cru que j'allais m'étrangler. Moi j'ai demandé combien de temps c'était censé durer, et j'ai encore du mal à me dire qu'elle a répondu un truc comme toute la vie.
Combien de baisers d'enfants, de tricots réussis, de balades aux belles surprises, de cookies parfaitement cuits, de voyages qui donnent envie de se réincarner là dans la prochaine vie, de livres qu'on ne pose pas même quand les yeux piquent, de mains dans le dos qui réchauffent mieux qu'une bouillotte, de souvenirs qui ne brûlent pas mais portent, de petits et grands pas au bureau, de semis qui donnent et d'amis tatoués dans le coeur... pour compenser ce caillou dans la chaussure au goût si injuste?



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