Il y a des petites hontes-bizarreries sur le chemin. Ces occupations de 4, 5 heures du matin, après c'est trop tard ça ressemble déjà au matin. Ces pauses pipi qui deviennent des réveils, quelques granules d'homéo-qui-peuvent-pas-faire-de-mal mais ne font pas de miracles non plus, finir ce verre qui traîne de la veille il n'y a tout pas longtemps... Aller guetter/admirer ceux qui dorment. Le chien est trop vieux pour me tenir compagnie et je me refuse à toucher mon téléphone à ces heures entre nuit et jour... Ce sont toujours les listes qui gagnent, celles de ce qu'il y a à mettre dans la rue, sur le bon coin, ces mètres de rails et de placo qu'il faudra racheter (et la largeur du salon c'est 8 ou 7,85?)...
Les matins Odilon et moi avons souvent un tête à tête. C'est lui le 1er réveillé de nous quatre, il gigote dans son lit et quand il trouve qu'il a attendu assez longtemps il dit un grand ba ou rha, selon ce qui sort. Dans le désordre, c'est toujours les mêmes urgences, la bouilloire à mettre en route, quelle émission de radio ou quel disque mettre, et les petites contingences plus si discrètes depuis qu'on est 4 (oh une chaussette/quoi il n'y a plus de cuillère propre?!).
Le déséquilibre nous frôle, entre l'être et les choses. C'est aux objets qu'il faut penser, beaucoup, en ce moment, et ça ne laisse pas beaucoup de place à la tête voire au coeur. Heureusement Pépin est là pour remarquer les pépites du quotidien. Il y a son bonheur qui remarque que nous buvons en même temps dans la même tasse, son plaisir à embrasser les pieds d'Odilon, exactement comme nous le faisons nous, son allure de chercheur lorsqu'il inspecte et mange grain par grain le granola que je lui propose le matin. C'est l'ici et maintenant qui m'évitera de trop m'émietter le ventre alors j'applique, je suis totalement dans cette coriandre que je découpe, du nez aux pieds, pour l'ajouter aux aubergines, dans ma rhubarbe au rose parfait, pour un gâteau un peu tarte-tatin-esque sur les bords.
Aujourd'hui c'était jardinage-débroussaillage, le plaisir d'avoir les mains et les joues rouges, même sous la pluie. On a grignoté une tarte aux poivrons et au chorizo sur un bout de chaise, et Pépin a joué au oisillon à qui il faut donner la becquée. Il a partagé son dessert avec Odilon et il se pourrait que cette fraternité déjà si forte ait causé des yeux brillants chez les parents... Les herbes (mauvaises!) étaient hautes et coriaces, et c'était bon cette fatigue à construire ce sentiment de chez-soi.

















