Il y avait eu le dernier samedi avant le grand saut du travail dans ma cabane et comme pour fêter ça et ancrer comme ce serait bien toutes les conditions étaient réunies pour me faire pousser un grand ouf de fin. J'avais laissé le coffre grand ouvert, alors il m'avait fallu gratter même l'intérieur des vitre. C'était joli, ce volant plein de paillettes de givres, mais ça piquait les doigts. C'était des temps de sourcils lourds et plissés, et de semoule entre les bottes. Je laissais des post-its plutôt utilitaires en partant, mi mots doux quand même. Ça me fait sourire ce croisement, tant qu'il y a des coeurs à la fin des petits papiers... Mes profs de yoga étaient venus nous désembourber dans la construction des toilettes sèches, la mosaïste qu'elle est voyait bien mieux les choses que moi pour assembler les couleurs du dessus. C'était deux grosses journées qui ne seraient pas rentrées dans l'emploi du temps sans eux, et ça faisait du bien d'avoir de l'aide et des mains en plus pour caresser les poussins parfois un peu perdus dans le chantier.
Maintenant ça fait presque deux semaines, et plusieurs fois sont montés en moi comme des bulles des mots qui disaient ma vie est parfaite. C'est exactement ce qu'il me fallait, et c'est drôle quand j'observe que cette graine là c'était semée toute petite, que j'étais faite pour un bureau à la maison. Pour les baisers entre deux portes, les gratins qu'on fait en petits quarts d'heure de trous, les caresses au chat qui s'installe dans la salle d'attente. L'arbre à kumquats y fait néanmoins un peu la tête, et c'est quand même dommage que j'aie du ouvrir sans avoir les portes qu'un artisan tête en l'air avait oublié de commander. Enfin le rideau à pois devant les toilettes bricolé en larmes (tout ces efforts et ouvrir sans portes! non mais tu te rends compte, l'idiot!) le dimanche soir avant d'ouvrir est bien joli. Les patients ont fait des "aoh" de contentement en entrant, et moi je suis rentrée à chaque fois bien plus tard que du cabinet parce que là bas on me dit plus de choses et peut-être que j'y écoute mieux.
Tout n'est pas fini (je n'y ai même pas de bouilloire!!), mais l'esprit a enfin le droit d'être moins mono-tâche. Des pensées de printemps s'y sont logées, on a parlé de graines et de fèves, j'ai pensé aux journées à retourner la terre qui va se réveiller. Je sais où iront les nouveaux framboisiers, et les graines de blettes qu'on m'a données. Ce matin j'ai trouvé quelle couverture j'allais tricoter au bébé, ce garçon qui naîtra à la maison, parce que décidément on ne peut plus quitter un tel terrier si douillet. Ce bébé si évidemment là, premier bébé d'été, ou sûrement un peu avant. Il nous inspire des envies de tiramisu et de confiture de framboises, ce précieux refuge mains contre lui quand je suis sonnée de pensées.





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