Pages

.

52 portraits #39









On se relaie sur la chaise verte, en haut. Quand j'y suis j'ai l'impression d'être une surveillante d'internat revêche, en mode poireau sur le nez et chemisier noir boutonné jusqu'en haut. Ils n'arrivent pas à se laisser aller au sommeil alors on fait office de rappel géant du temps où les petites jambes s'arrêtent... Pour les siestes ça va, la lumière n'empêche pas le tricot ou la lecture, mais le soir c'est un peu plus terne. Quand on descend enfin ça a forcément un peu le goût de fête, voire de triomphe! Ça dort! A nouveau la mini vie du soir peut reprendre, travail, préparation du petit déjeuner du matin (avoine, chia, pommes et raisins. Et cannelle!), papiers de listes. L'oeil sur l'heure pour avoir le plaisir d'être raisonnable. Il faut, ma tête est plus que dans les nuages. A un papa qui dépose son fils pour la séance je dis à la semaine prochaine, oh euh, tout à l'heure! Même s'il n'avait pas l'air contre une semaine de baby-sitting, d'ailleurs. Des bonjour à la place des au revoir, non vraiment pas tout à fait là. C'est qu'il me faudrait rentrer vite à la maison, j'ai de la chaux à faire (qui s'avèrera être plutôt un désastre) et un gaufrier à étrenner. On a bien du sirop d'érable hein? Et les bisous n'en parlons pas. 

Au lit, seule pour un petitpetit temps je commence "Walden", avec un goût un peu honteux, comme si je découvrais Nirvana à 22 ans. Ma liste intime de ce qu'il faudrait avoir lu pour... (cocher la case/ être digne/ parce qu'il faut). Bref, non, Thoreau, jamais mis les yeux. Et mazette je comprends pourquoi! On ne peut pas tout mettre sur le dos d'une traduction cahin-caha... Je relis plusieurs fois chaque phrase de ce discours à haute voix, je cherche les virgules pour respirer... Après quelques plissements d'yeux je feuillette et cherche le nom d'un chapitre moins hostile. Bon. Je me souviens que mon oeil aiguisé d'adolescente lançait des piques à ma mère, "grande lectrice" aux Colette et aux Prousttuttiquanti plein la bibliothèque (et prof de français, hein) qui s'enfilait des romans policiers qu'elles faisaient tourner entre amies, comme si elle avait abandonné quelque chose. Peut-être que je suis passé dans ce camp mamanesque. 

Avant de partir je lui apporte ce petit paquet chaud d'Odilon au lit, bébé tout souriant de ce bonus matinal. Tout est vécu comme délicieux chez ce petit, c'est très communicatif. On a reçu un colis de Russie! Chouette, pile à l'heure pour les anniversaires, ces arbres en bois qui racontent les quatre saisons. J'ai la tête là dedans, ces journées très spéciales, je suis assez émue. Octobre aux quatre anniversaires, ça met dans le coeur et la maison une ambiance chaude et souriante, que l'on gardera au chaud pour nous entrainer doucement vers noël. La cuisine se fera en musique, le carrot cake et la purée aux herbes et aux oignons, j'ai La gloire de Bernard Lavilliers dans les oreilles, beaucoup. Tiens encore une mamanification, ma mère était je crois à moitié amoureuse de lui. Moi je n'oserais pas. Ça vit, tout ça, non? D'ailleurs son compagnon m'a enfin rappelée, oh ce que ça va en panser, des choses, et laver la honte qui est comme une mélasse entre mes mains. De la mélasse VS des ailes, que me cousent ces cadeaux: une robe repérée cet été en Ecosse maintenant bien méritée, fleurs et tout ce qu'il faut, et ce coup de téléphone canapéien qui met les miracles en mots, avec celle qui dans son coeur-boîte aux trésors garde au chaud mes meilleurs moments. 

No comments:

Post a Comment