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Le voyage pourrait presque se résumer au périple en train tant ses yeux éclairés et son petit doigt pointé en font une aventure. Lui qui nomme et dénomme sans relâche ces derniers temps chante traintraintrain à s'en tourner la tête. La gare est au milieu de nulle part, on pourrait aussi bien être sur la lune, et ça sent le fumier. On est près de chez nous et dans une heure dans un autre monde, ça enlève le froid et les moufles pourtant ardemment tricotées oubliées. 

La vulnérabilité un peu à vif ce sont les marches bien trop hautes entre les gens, les extrêmes incohabitables -dans ce monde là en tout cas- que j'observe, les yeux plus ouverts que je ne le voudrais. De ces choses que je dépose la nuit dans le noir, sûrement pour ne pas les emmener dans le sommeil. Il s'y trouve déjà de drôles de compagnons, mon père qui s'allume une dernière cigarette, des joueurs de foot qui font la nounou (huuuum), un monsieur à qui je propose un dîner...

Heureusement on va dans une maison-refuge, chaude dans tout ce que ça a de douillet. On arrive chargés d'enfants et de gâteaux, et on repartira lestés d'autres douceurs. Le petit livre des histoires joyeuses est bien noirci d'un coup. Ce qui n'est pas facile et mes mots remâchés perdent d'un coup leurs épines, les petits miracles de l'amitié. La soupe est meilleure qu'à la maison, comme il se doit, et le thé jamais trop chaud même quand il est brûlant. Sur une carte mes mots cahin-caha racontent mon bonheur, mais ce sont bien les garçons et tous les gestes doux et enthousiastes qu'ils emportent sur leur passage qui l'incarnent le mieux.
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